Les 7 pistes qui créent la violence dans notre société

Un jour, une association qui aide les femmes victimes de violence m’a demandé d’animer une conférence sur le thème : « Désamorcer une gestion de crise relationnelle ».

Lors de la préparation de cette conférence, la responsable de l’association me demandait des conseils, connaître les 7 pistes qui créent la violence dans notre société

Je lui ai répondu que je pouvais, bien entendu, lui donner des outils de communication non violente mais qu’il me semblait plus important d’aborder le sujet en amont, c’est-à-dire comprendre le mécanisme de la violence afin d’éviter d’y rentrer plutôt qu’apprendre à en sortir.

Ce phénomène de violence se retrouve dans de nombreux domaines dans notre société.

Par exemple, dans le domaine familial avec les violences conjugales (en France 1 femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon) et les violences faites auprès des enfants (fessées, menaces, chantages) ce que l’on nomme pudiquement la violence éducative ordinaire.

Dans le domaine du travail, avec les phénomènes de harcèlements moraux, les pressions physiques ou psychologiques, les licenciements qui peuvent amener à la dépression ou au burn-out.

Dans le domaine public, avec le harcèlement dans la rue et dans les transports en commun (100% des femmes ont déjà été harcelées ou agressées dans les transports en commun).

Dans le domaine politique, avec un langage parfois grossier, machiste, insultant ou tout simplement par la non écoute de son interlocuteur.

Dans le domaine des activités de loisirs (jeux vidéo, télévision, cinéma). qui ont fait, pour certaines d’entre elles, de la violence un divertissement grand public.

Sans oublier les réseaux sociaux, où l’on trouve pléthore de commentaires racistes, sexistes, homophobes. Parfois même, la divulgation de l’intimité d’une lycéenne par un petit copain mal intentionné peut pousser cette jeune fille à mettre fin à ses jours.

Pourtant l’être humain, dès son plus jeune âge, aime être en relation avec les autres et comme le dit Olivier Maurel Président de l’observatoire de la violence éducative ordinaire (www.oveo.org) : « L’enfant a des compétences d’attachement, d’empathie, d’imitation qui en font un être remarquablement doué pour la vie sociale »

L’institut Max Planck de Leipzig est arrivé aux mêmes conclusions en étudiant scientifiquement le comportement des jeunes enfants. (regarder le documentaire « Vers un monde altruiste »).

En effet, dès six mois, le bébé est attiré par les personnes chaleureuses et manifeste de l’aversion pour les personnes malveillantes. Vers un an, il témoigne de comportements altruistes. Vers quatorze mois, il sait réconforter ceux qui sont en détresse. Vers quinze mois le petit enfant possède déjà le sens de l’équité.

Alors pourquoi avec de telles prédispositions à la naissance, la violence est-elle si répandue ?

Je vais énoncer quelques pistes, non exhaustives, qui peuvent servir de bases de réflexion pour pouvoir, à titre individuel, prendre conscience de l’ampleur du phénomène.

Piste n°1 : Le manque de mots

Pour preuve, il n’y a qu’à observer le comportement du petit enfant à la crèche. L’enfant est certes un être social et empathique mais, il sait aussi mordre, taper, pousser l’autre, arracher un jouet des mains d’un petit copain. La plupart de ses comportements sont dus au fait que l’enfant n’a pas encore les mots pour exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il désire.

« Quand il y a le silence des mots, se réveille trop souvent la violence des maux » Jacques Salomé

Alors pourquoi continuer à avoir des gestes violents une fois que le langage est établi ?

La non compréhension de certains mots, l’absence d’un vocabulaire riche pour communiquer avec l’autre peut être vécu comme une violence chez la personne qui ressent son incapacité à répondre sereinement par le langage. Celle-ci pourra à son tour faire preuve de violence orale ou physique pour s’exprimer ou s’affirmer.

Piste n°2 : Le jeu moral

Pour Marshall Rosenberg, le fondateur de la communication non violente, ce jeu s’intitule : « J’ai raison ». Ce jeu a la particularité de montrer à l’autre joueur qu’il a tort. Et ce jeu a ses propres déclinaisons comme par exemple : Je suis le bien, tu es le mal. Je suis normal, tu es anormal. Je suis juste, Tu es injuste…

Ce jeu a été souvent à l’origine de nombreuses guerres, du terrorisme, du colonialisme, de l’autoritarisme en tous genres et il est encore aujourd’hui bien pratiqué dans le monde.

Le parent demande parfois à l’enfant de s’excuser car l’adulte a selon lui toujours raison. L’enfant doit dire qu’il est désolé, qu’il ne recommencera plus et dans sa magnanimité, le parent lui pardonne. Le parent pense sincèrement qu’il a raison de ne pas céder par exemple aux caprices de son enfant ou de le punir éventuellement. Or ce parent sait rarement qu’avant l’âge de quatre ou cinq ans, l’enfant ne fait pas un caprice, car son cerveau n’est pas encore assez développé, mais exprime plutôt un besoin non satisfait ou vit un état de stress.

Le parent violent a également le sentiment d’avoir raison car s’il croît que la vie est dure, hostile, il voudra endurcir son enfant pour mieux le préparer à y faire face.

Le fait d’avoir raison empêche de s’interroger sur d’autres manières de se comporter vis-à-vis de l’autre. Fin du jeu.

Piste n°3 : La non expression de ses émotions et de ses besoins

« Nos jugements sont l’expression tragique de nos besoins insatisfaits » Thomas D’ansembourg

Face à un comportement qui nous déplaît, nous avons tendance à accuser l’autre, à le juger et nous ne nous gênons pas pour lui dire nos quatre vérités.

Si nous savions exprimer sereinement nos émotions, nos sentiments et nos besoins vis-à-vis d’une autre personne, sans la juger, nous serions plus à même de lui demander d’agir autrement. Cela éviterait que cette personne se sente agressée ou se positionne sur la défensive tout en se préparant à contre-attaquer.

Mais nous n’avons pas appris à sentir ce qui se passe dans notre corps et à exprimer nos besoins. Nous attendons en plus de l’autre qu’il réponde à nos besoins sans les énoncer clairement en le croyant doué peut être pour la télépathie.

Piste n°4 : La soumission à l’autorité et la loyauté

Après la seconde guerre mondiale et suite au génocide juif, les psychologues se sont demandés comment étaient-ils possibles qu’autant de personnes aient pu participer à si grande échelle à l’extermination de populations innocentes.

Voici un extrait des propos tenus lors de son procès à Jérusalem en 1961 par le SS Adolf Eichmann. Celui-ci a été le responsable de la logistique ayant permis la déportation en masse des juifs vers les camps d’extermination.

« Je devais dans mon secteur m’occuper de la question de l’organisation des transports. Je n’ai pas été relevé de ce serment… (…) Je ne me sens donc pas responsable en mon for intérieur. (…) J’étais adapté à ce travail de bureau dans le service, j’ai fait mon devoir, conformément aux ordres. Et on ne m’a jamais reproché d’avoir manqué à mon devoir ».

C’est donc, parce qu’il n’a pas voulu déroger aux ordres reçus par sa hiérarchie et par loyauté, envers son Führer qu’Adolf Eichmann a pu continuer à envoyer vers les camps de concentration des femmes, des enfants, des hommes sans se sentir coupable le moins du monde de la violence exercée auprès de personnes sans défense.

Le psychologue Stanley Milgram a travaillé en 1963 sur ce phénomène de soumission à l’autorité en essayant de répondre à cette question.

À votre avis, combien de personnes pourraient si on leur demandait dans le cadre d’une expérience scientifique faire souffrir volontairement un individu qui ne lui a rien fait ? Et d’aller jusqu’au choc final ? (voir vidéo https://www.youtube.com/watch?v=FvkvRMXtrAo)

Les résultats obtenus sont impressionnants : 62,5% des individus (autant de femmes que d’hommes) sont prêts à infliger un choc électrique mortel (450 volts) à un autre individu pour peu qu’un chercheur (personne représentant l’autorité) le leur ordonne. De plus, les rares individus capables de résister à la soumission ne s’arrêtent qu’à 360 volts, soit un choc déjà très dangereux pour l’homme. Tous les sujets envoyèrent minimum 135 volts.

Nous sommes donc prêts à utiliser de la violence simplement parce qu’un chef, une personne représentant l’autorité nous l’a demandé. Vous comprenez mieux les conséquences éventuelles que cela peut avoir au niveau des rapports de travail ou dans le couple. L’autre n’est plus ressenti comme notre égal humainement, il peut même être considéré comme un objet, un sous-humain dans le cas les plus graves.

Piste n°5 : À cause de notre cerveau

Face à une situation inconnue, un danger potentiel, une peur, notre cerveau reptilien (le plus ancien apparu il y a 500 millions d’années) qui gère nos fonctions physiologiques et notre survie a tendance à réagir de trois manières : L’attaque, la fuite, le figement.

En situation de stress, le cerveau reptilien bloque notre cortex siège de la pensée et il nous pousse à réagir violemment. L’observation du mécanisme, la verbalisation de ce qu’on ressent, la respiration permet à notre cortex de reprendre le contrôle et d’apaiser nos réactions instinctives.

Dans notre cerveau nous avons également des neurones miroirs. Ces neurones s’activent dans notre cerveau en regardant faire une personne de la même manière que si nous réalisions personnellement la même action. C’est grâce aux neurones miroirs que nous pouvons apprendre en regardant l’autre agir et aussi mieux comprendre son état émotionnel. Mais c’est aussi à cause de ces neurones que nous pouvons ressentir une réaction de peur, de colère et faire preuve de violence en voyant agir une autre personne ou un groupe d’individus (phénomène de foule).

Piste n°6 : Le triangle dramatique

La plupart du temps, les personnes se retrouvent dans des jeux relationnels qui nuisent à une communication authentique. Ces jeux les poussent à adopter des comportements de manipulation, de dépendance et de violence dans leurs relations aux autres.

Stephen Karpman a mis en évidence cela en parlant d’un triangle dramatique. Chaque rôle est pris de manière inconsciente par la personne et les rôles peuvent s’interchanger au cours des échanges entre une ou plusieurs personnes. Chaque rôle a besoin de l’autre pour pouvoir être joué. Le « sauveur » a besoin de la « victime » et le « persécuteur » aussi pour jouer pleinement son rôle.

La victime se met en dépendance vis-à-vis du sauveur et sous la manipulation et la violence du persécuteur. Le sauveur cultive son égo et oublie de tenir compte de ses besoins en aidant la victime. Le persécuteur libère ses pulsions agressives en dévalorisant, critiquant la victime pour se venger parfois d’avoir été elle-même un jour dans le rôle de victime.

Pour sortir de ce triangle de non communication, on peut commencer par s’observer et voir quel rôle on joue et faire preuve de responsabilité et d’affirmation de soi pour décider d’arrêter de jouer.

Piste n°7 : Les blessures d’enfance

L’éducation, les expériences vécues durant notre enfance marquent notre vie d’adulte.

Si l’on a été humilié, battu, élevé sous le mode du chantage ou de la peur, on sera amené à répliquer ses comportements que l’on a intégré et que l’on considère comme le mode normal dans les relations avec les autres.

Imaginez un enfant qui reçoit de ses parents des fessées et en même temps des preuves d’amours comme des câlins ou des cadeaux. Il pourra être amené à penser qu’on peut aimer quelqu’un en étant parfois doux et parfois violent. Les hommes qui battent leur compagne sont sûrs d’aimer leur femme et peuvent faire également preuve de douceur avec elle.

Alors peut être vous demandez-vous, comment faire reculer ce phénomène de violence dans notre société ?

Nelson Mandela disait : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». Cela peut nous inviter à revoir les modes d’éducation que nous donnons à nos enfants afin de tendre vers une éducation plus bienveillante.

Gandhi disait : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».
Cela peut nous inviter à regarder notre propre violence à l’intérieur de nous et à chercher à la diminuer afin que tout le monde en profite.

Travail avec le coach :

Le coach va aider la personne à vivre le type de relation qu’elle souhaite réellement avoir avec les autres. Le coach aide la personne à prendre conscience et à changer son comportement violent vis-à-vis de ses proches. Le coach l’invite à travailler sur l’estime de soi, l’amour de soi afin de reprendre le pouvoir sur sa vie.

Thierry CHAUME
Coach professionnel
www.leschiensnefontpasdeschats.fr

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